Portrait d'un level designer, Jimmy Kalhart

Jimmy Kalhart, qui est level designer et travaille actuellement sur un MMORPG, a bien voulu répondre à nos questions sur son métier. Bienvenue dans la Série des Portraits de Creajol !

" Pour moi toute la difficulté du métier de level designer réside dans ce subtil équilibre entre obstacle et accomplissement. Le niveau doit être suffisamment difficile pour attiser l'intérêt du joueur mais pas trop dur pour ne pas le dégouter et l'inciter à continuer. "

Creajol : Bonjour, merci de nous accorder ces quelques pensées !

C'est un plaisir, depuis le temps que j'ai promis de le faire. :)



Creajol : Qui es tu ?

Je m'appelle Jimmy Kalhart, 26 ans et level designer. Comme la grande majorité des gens ici je suis passionné de jeux vidéo depuis des années et ait presque toujours souhaité en faire mon métier.



Creajol : En quoi consiste ton métier ?

Haha, très vaste sujet mais qui me tient très à cœur. Le métier de level designer est assez méconnu, y compris au sein même de certaines productions. Il faut dire que les frontières avec les autres métiers du jeu vidéo sont parfois très fines. De plus, un poste de level designer dépend énormément du type de jeu sur lequel il va devoir travailler. Enfin le level design est un sujet tellement vaste qu'il existe des "spécialités" au sein même de ce corps de métier. Je développe ? Bon d'accord.

En résumé, le level designer, comme son nom l'indique, s'occupe de tout ce qui touche à ce que va rencontrer le joueur durant sa progression, que ce soit en terme de décors, d'interactions, de pièges, de monstres, etc. Attention, ce n'est pas lui qui dessinera les décors ou animera les monstres. Non le travail du level designer est d'assembler ces éléments entre eux de façon cohérente afin d'obtenir le juste milieu entre rendu graphique, difficulté et fun. Il est vraiment au cœur de la production et est amené à côtoyer tous les corps de métier de la production, du développeur (pour les contraintes techniques) au game designer (pour les règles régissant les niveaux) en passant par le graphiste (pour tous les éléments de décors et/ou interactifs).

Forcément, en fonction du type de jeu, le travail du level designer peut changer du tout au tout, c'est pourquoi plusieurs profils ou spécialités peuvent se profiler. Grosso-modo je dirais qu'il y a deux profils principaux : les level designers graphistes, et les level designers scripteurs. Bien sûr il n'est pas impossible (voire très courant) de faire les deux, mais en général on a tendance à toujours préférer un penchant plutôt que l'autre. Quelle que soit sa spécialité, le level designer est toujours à l'origine de la conception des cartes en amont (parfois supervisé par le game designer).



Creajol : Est ce qu'il s'agit d'une passion ?

Bien sûr ! Je n'imagine pas quelqu'un travailler dans le jeu vidéo sans être passionné. Cela étant dit, lorsqu'on devient professionnel il faut réussir à avoir un certain recul, à la fois ce que l'on fait et sur ce que produisent les autres. Du coup je ne peux à présent plus m'empêcher en jouant à un jeu de me poser des questions sur la façon dont il a été conçu, et parfois d'ailleurs de tirer mon chapeau aux concepteurs (il est toujours bon de savoir rester humble de saluer le travail des autres). On peut ainsi parler de légère "déformation professionnelle" mais bon, rassurez-vous, j'aime toujours autant jouer !



Creajol : Professionnellement, quel est ton plus grand souhait ?

Travailler sur Little Big Adventure 3 ! Quoique, à bien y réfléchir il n'est pas toujours bon de travailler sur un projet dont on est déjà fan. On risque d'y perdre, soit son objectivité, soit son adoration pour le jeu. Tout compte fait mon souhait serait plus un jour de travailler sur un jeu qui serait aussi onirique et amusant que le furent les 2 premiers épisodes de LBA mais que je sois à l'origine de celui-ci. Qui sait... Un jour peut-être.



Creajol : Que dirais-tu aux gens qui rêvent de travailler dans le milieu ?

Que rien n'est impossible tant qu'on a la motivation et qu'on sait sait saisir sa chance. Il ne faut pas attendre que le travail vous tombe dans le bec comme ça car la vie ne marche pas comme ça. Il faut montrer ce dont vous êtes capables et saisir les opportunités lorsqu'elles se présentent. On regrette souvent de n'avoir pas osé, rarement de l'avoir fait.



Creajol : Comment est ce que tu crées ?

J'aime m'imaginer à la place du joueur et me dire "bon là qu'est-ce que j'aurais envie de faire" ou encore "comment pourrais-je me sortir de telle ou telle situation". A partir des réponses que j'obtiens, 2 solutions s'offrent à moi : répondre aux attentes du joueur que je suis, ou alors la frustrer pour ralentir sa progression et lui donner un peu de challenge. Pour moi toute la difficulté du métier de level designer réside dans ce subtil équilibre entre obstacle et accomplissement. Le niveau doit être suffisamment difficile pour attiser l'intérêt du joueur mais pas trop dur pour ne pas le dégouter et l'inciter à continuer.



Creajol : Un cadre de travail idéal, c'est quoi ?

De grandes baies vitrées donnant sur la plage avec un surf à disposition pour profiter entre deux rushs et faire une pause pendant les heures sup.

Plus sérieusement travailler en open space ne me dérange pas (je dirais même que je préfère, je ne supporterais pas d'être seul dans un bureau) tant que je peux m'isoler un peu du bruit lorsque j'en ai besoin. C'est parfois dur de se concentrer lorsque 3 personnes discutent du dernier Starcraft derrière vous.

Une plante verte, c'est bon pour le moral. Et puis j'aime être entouré d'artworks, d'impressions de cartes, de story boards sur les murs. Ce joyeux bordel que l'on peut voir sur certaines prods me stimule, et puis je trouve ça plus chaleureux et moins impersonnel qu'une rangée de bureaux nickels.



Creajol : Faire un jeu vidéo, c'est s'amuser toute la journée ?

J'aimerais bien ! Bon je ne cracherai pas dans la soupe, level designer est un métier très plaisant et je ne suis pas prêt de céder ma place. Mais contrairement à ce que pensent beaucoup on ne fait pas que s'amuser toute la journée. Résoudre des bugs, essayer de faire fonctionner le script super pointu du niveau de fin pour tout explose au bon moment même si le joueur a décidé de faire une pirouette à ce moment, il y a parfois de quoi s'arracher les cheveux. Mais bon je me plais parfois à m'imaginer en expert de police scientifique en train de chercher à résoudre une épineuse enquête en traquant le coupable (le bug en question). Je vous ai dit qu'il fallait de l'imagination ? ;)



Creajol : Ton jeu préféré, jeu le plus joué ?

Mon jeu préféré ? Sans aucune doute Little Big Adventure. Une merveille, et un jeu français en plus (cocorico !). J'aime également énormément la série des Final Fantasy, le jeu auquel j'ai le plus joué est d'ailleurs le XI (forcément c'est un MMO)



Creajol : Ta plus grande joie dans la production d'un jeu ?

Avoir vu pour la première fois mon nom apparaitre dans les crédits d'un jeu commercialisé. Je suis même allé jusqu'à demander au vendeur d'un magasin spécialisé si je pouvais juste voir le manuel du jeu pour lire mon nom dedans. Mégalo moi ? Non, juste fier : j'étais avec ma petite sœur et le jeu en question était tiré de la licence d'un dessin animé qu'elle adorait.

Merci beaucoup pour ces questions. J'espère avoir été à la hauteur, vous avoir appris des choses ou au moins donner l'envie de connaître d'avantage le passionnant métier de level designer.

Source : http://fr.linkedin.com/in/jimmykalhart

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