Portrait d'une graphiste, Isabelle Goydadin

Isabelle Goydadin, graphiste en télétravail dans le domaine des jeux vidéo sur navigateur, a bien voulu répondre à nos questions sur son métier. Bienvenue dans la Série des Portraits de Creajol !

" Comme dans tout métier créatif quand on a choisi de gagner sa vie de cette manière, il faut rester ouvert, attentif, soumettre son travail à la critique et adopter une rigueur de travail… Je pense qu’il faut avoir envie de travailler en équipe, ne pas s’imposer de barrières et passer du temps encore et toujours à s’exercer pour ne pas se sentir bloqué. Le plaisir, c’est la réaction du public, et rien que ça vaut tout le travail abattu en amont. "

Creajol : Bonjour, merci de nous accorder ces quelques pensées !

Bonjour Creajol ! Avec plaisir.



Creajol : Qui es tu ?

Isabelle Goydadin, bientôt 30 ans (ouch !) dont 5 passés dans le milieu du jeu vidéo sur internet (ou browser game). Après plus d’un an en freelance, je travaille actuellement en télétravail pour une boite de jeux web.



Creajol : En quoi consiste ton métier ?

Je me lève chaque matin en tant que concept artist/graphiste, je travaille depuis chez moi donc je ne compte pas les heures de travail passées derrière mon bureau, ce qui correspond bien avec un métier créatif qui fluctue selon l’inspiration du moment.
Isabelle Goydadin - petit crabe
Théoriquement, je suis en charge de toute la conception graphique du jeu, de la peau du site en lui-même jusqu’au petit icône de menu, en passant par tout le travail de recherche graphique sur les décors, les personnages, logos, publicités… Et en pratique on peut rajouter aussi que mon travail peut aller du game design complet d’un jeu jusqu’à la communication en passant par l’écriture d’un scénario … Il m’arrive de travailler sur un univers graphique existant, il faut alors s’adapter pour éviter le changement de style. Ce sont les avantages et désavantages de la polyvalence demandée mais intéressante du travail en comité restreint.

Ces à-côtés du travail graphique sont stimulants car ils me permettent d’approcher le public, répondre rapidement à des suggestions ou demandes, mener un projet de longue haleine en touchant à tout, en essayant de ne pas s’égarer.

Ma préférence va à la création pure, sortir un monde du néant, mettre des images sur un univers raconté et imaginé, et ainsi traduire les envies de l’équipe en quelque chose de visuel, qui aidera aussi à définir l’identité du projet et le développer sans le dénaturer. Je n’ai pour ça pas de style prédéfini, j’aime m’adapter aux univers des autres et trouver ce qui se mariera le mieux avec l’esprit du jeu tel qu’il a été conçu. Pour le moment mon public est familial, mes créations 2D sont plutôt colorées, souvent détaillées et j’espère vivantes.

Isabelle Goydadin - Monstroplante


Creajol : Est ce qu'il s'agit d'une passion ?

Le dessin et les jeux vidéo/électroniques, oui ! Depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, je devais avoir 3 ans quand je lâchais une game and watch pour dessiner. J’ai toujours aimé imaginer des histoires, les raconter visuellement d’une façon ou une autre (j’ai étudié la BD et la narration). Autant j’imaginais les métiers possibles autour du dessin, autant le jeu vidéo restait une perspective inaccessible ! Alors quand j’ai eu l’opportunité de concilier mes deux passions tout en restant assez libre niveau création, je n’ai pas hésité longtemps et je me suis lancée en freelance.

Isabelle Goydadin - Femme souriante

 Creajol : Professionnellement, quel est ton plus grand souhait ?

Tout va si vite et est si incertain dans ce milieu que je n’arrive pas à me projeter très loin. Si je reste réaliste, j’aimerais continuer d’évoluer et de travailler auprès de personnes passionnées tout en gardant une certaine liberté au travail. Après je pense que peu importe le média si on a envie de créer et de faire un projet, donc je souhaite de toujours m’amuser, de garder la motivation, la curiosité et de rencontrer des personnes exceptionnelles !



Creajol : Que dirais-tu aux gens qui rêvent de travailler dans le milieu ?

D’y croire, que tout est possible (maintenant des écoles fleurissent pour former à toutes les professions du jeu vidéo) même si les idées, l’envie, la motivation ne s’apprennent pas mais peuvent naitre de tout moment vécu. Comme dans tout métier créatif quand on a choisi de gagner sa vie de cette manière, il faut rester ouvert, attentif, soumettre son travail à la critique et adopter une rigueur de travail… Je pense qu’il faut avoir envie de travailler en équipe, ne pas s’imposer de barrières et passer du temps encore et toujours à s’exercer pour ne pas se sentir bloqué. Le plaisir, c’est la réaction du public, et rien que ça vaut tout le travail abattu en amont.



Creajol : Qu'est ce qui t'inspire ?

Tout peut inspirer, je trouve autant d’idées en observant l’architecture lors d’une ballade, que de regarder un reportage à la télé, aller au cinéma, écouter les variations d’une musique, échanger des idées avec des amis, j’observe souvent ce dont j’ai besoin sur le moment : mise en scène, ombres et lumières, perspective, attitude des gens dans la rue…



Creajol : Un cadre de travail idéal, c'est quoi ?

Ça dépend de chaque personne, pour ma part c’est un endroit à la fois motivant et qui permet la concentration, sans le stress : assez d’espace et de luminosité, de la musique calme et non répétitive, de la documentation à proximité, des bons outils de travail (pc, écran, tablette, programmes) dont un bon siège (on est assis longtemps) et pour la stimulation, une belle vue d’océan ou un jardin zen seraient parfait, mais pour le moment en option ! ^^

Isabelle Goydadin - Paysage de forêt


Creajol : Sais-tu faire des choses que tu n'aurais jamais cru possibles ?

Déjà ce que je fais actuellement ! Même si enfant un rêve n’a aucune limite et qu’on sait qu’on peut y arriver, cela devient bien moins évident à son arrivée dans la vie active. On travaille souvent dur sans résultat. J’ai toujours des rêves, déjà cette impression d’avoir monté un escalier à pas de géant, en fait composé de nombreuses petites marches mais pourtant encore si long… vivement que j’invente le tapis roulant !



Creajol : Tu joues ? Qu'est ce que ça t'apporte ?

J’essaie de toujours trouver le temps de jouer et non juste tester ce qui sort. Mais avec le nombre de productions de qualité qui fleurissent ça et là, je ne peux clairement plus tout jouer donc je sélectionne en priorité les gameplays innovants, les perles rares, les jeux décalés ou poétiques, et puis ces mondes qui donnent envie de s’y promener. Au delà du jeu à fonction distrayante, je recherche l’émotion virtuelle mais vraie, celle mise par les concepteurs dans l’interactivité, les pixels, les sons ou les mots… Quand l’émotion fonctionne, elle efface bien des défauts et des bugs et c’est ce qui reste quand on a finit le jeu, et qui nous permet de parler d’une expérience des étoiles plein les yeux.

Isabelle Goydadin - Okami, pour le Cadavre-Exquis Creajol

Creajol : Ton moment préféré dans la production d'un jeu ?

Bonne question ! J’imagine que j’aurais répondu il y a encore quelques années le début : la mise en place des idées, l’ébullition du créatif qui doit calmer ses envies de tout mettre dans un seul projet… mais en fait je préfère nettement la dernière ligne droite, de la finition à la sortie du jeu en ligne, souvent le rush comme on l’appelle : pas toujours hâtif au niveau conception, mais un rush cardiaque effréné ! Le moment où le jeu sort, le joueur peut s’inscrire… il va faire ses premiers pas dans le jeu et donner son avis sans détour sur le forum ! ^^

Merci Creajol pour ma première interview, et bonne continuation.

Creajol :  Isabelle Goydadin nous a également fait l'honneur et le plaisir de participer à l'animation Cadavre-exquis #1, où vous pourrez retrouver la magnifique illustration d'Okami que vous voyez ci-dessus intégrée dans l'oeuvre collective dont elle est issue.

Source : http://fr.linkedin.com/in/isabellegoydadin

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