Portrait d'un développeur, Maxime Lagache

Maxime Lagache, un développeur de web MMORPG, a bien voulu répondre à nos questions sur son métier. Bienvenue dans la Série des Portraits de Creajol !

" C'est super agréable d'apprendre de nouvelles choses tous les jours. et niveau travail, c'est pareil, c'est très important de ne pas faire la même chose tous les jours. Après c'est aussi la caractéristique des petites boîtes où les devs sont obligés de faire un peu de tout (programmation, administration, web, etc...). "

Creajol : Bonjour, merci de nous accorder ces quelques pensées !

De rien. Et bonjour.



Creajol : Qui es tu ?

Maxime Lagache, Ingénieur en développement depuis un peu plus d'un an. Tout le monde m'appelle LeLag. Je suis sorti il y a un peu plus d'un an d'une école d'ingénieurs en informatique (IG2I à Lens, un peu de pub ça leur fera plaisir ^^), et travaille depuis mon stage de fin d'études dans le milieu du jeu vidéo sur un projet de MMORPG (prononcez MEUPORG).



Creajol : En quoi consiste ton métier ?

Principalement développer toutes les fonctionnalités et systèmes qui participent à l'élaboration d'un jeu vidéo. On prend les productions 3D à droite, les graphismes 2D à gauche, les règles de game design, on secoue le tout et ça fait des chocapics...

Plus sérieusement je m'occupe en priorité de développer les systèmes game play du jeu. Cela m'amène à beaucoup discuter avec les personnes en charge du game design (c'est à dire les gens qui s'occupent d'inventer les lignes directrices du jeu, les règles de jeu, l'ambiance, etc...) pour trouver des compromis entre ce dont ils ont besoin et ce qui est techniquement faisable. Mon travail consiste à trouver des solutions techniques afin de satisfaire les besoins du projet.

Exemple : un beau matin on vient me voir en me disant : "aujourd'hui j'ai besoin d'un système d'amis dans le jeu, les joueurs doivent maintenant avoir la possibilité de garder une liste de contacts afin de mettre en avant le côté social du jeu". Sur cela j'ajoute "d'accord", et après une petite heure de réunion où tout le monde donne son avis et sa vision de la chose, on parvient à un compromis et je démarre la phase de développement de la chose, avec l'accord de mon lead programmer.

A cela s'ajoute (par périodes) des phases de développement d'outils (pour aider la production ; ce sont ces outils qui permettent par exemple aux artistes de rendre leurs travaux "visibles" pour le jeu), des phases d'administration système (gérer les machines en production) ou encore des phases de R&D où cette fois ci les besoins ne sont pas forcément émis par les game designers mais par les soins du lead programmer ; il faut se concentrer à trouver de nouvelles solutions techniques dans le but de faire évoluer nos architectures techniques, en clair, trouver de nouvelles recettes pour faire des chocapic plus savoureux... oui j'aime bien les chocapic...



Creajol : Est ce qu'il s'agit d'une passion ?

Les chocapic ? oui complètement.

Soyons clair, les ingénieurs informatiques, s'ils ne font pas de l'informatique pour le plaisir (même légèrement) sont des gens malheureux. Donc oui, l'univers des geeks ça me plaît.

Et le jeu vidéo, personne n'arrive là par hasard, il faut être sacrément passionné et même un peu courageux, n'importe quelle boîte de jeu vidéo n'embauche pas le premier fan de jeux vidéo parce qu'il connaît l'année de sortie du premier Elder Scrolls (1994 ^^) ou parce qu'il arrive à terminer Street Fighter 4 en super difficile avec une seule main et un seul œil. Non, on arrive dans ce milieu parce que généralement on a un projet professionnel à défendre et qu'on sait pourquoi on a envie de travailler dans ce domaine si particulier.

Et sinon, la réponse est oui, mais paradoxalement bien moins qu'il y a quelques années... le fait de travailler dans cette industrie m'a permis d'avoir un oeil différent sur ce loisir... je suis devenu difficile en la matière, mais je m'égare...



Creajol : Professionnellement, quel est ton plus grand souhait ?

Ouhla, question difficile, c'est comme si tu me demandais "Potage ou Velouté ?". Mon plus grand souhait serait, bien évidemment, que le projet pour lequel je me suis investi depuis plus d'un an soit couronné de succès.

J'aimerais également continuer à apprendre, c'est super important de ne pas stagner dans ce métier, d'aller toujours de l'avant, de faire des choses différentes tous les jours, d'apprendre de part les projets mais également de part les personnes qui m'entourent.

Ou alors devenir une star du rock internationale..



Creajol : Que dirais-tu aux gens qui rêvent de travailler dans le milieu ?

Que leur dirais-je ? Plein de choses certainement.

Premièrement que ça peut vous tomber sur le coin du museau au moment où vous vous y attendez le moins. Moi personnellement j'ai choisi de faire ces études d'ingénieur informatique par affinité avec le domaine, mais sans grandes convictions. Quand j'étais gamin, comme beaucoup d'autres, je me disais que ce serait vraiment "cool" de faire des jeux vidéos. La classe américaine ! Puis chemin faisant, le lycée, les études supérieures, je me suis de plus en plus détourné de cet objectif, simplement parce que les places en école de jeux vidéos à l'époque étaient cher payées, et plutôt rares.

Donc je me suis tourné vers le développement, en me disant "tant pis je ferais autre chose qui me plait tout autant...". Et puis bam stage de fin d'études, j'ai réussi à rentrer dans une petite boîte de jeux vidéos, l'opportunité de "ouf malade" comme disent les gens fashion, j'ai réussi à vendre mon projet pro et je suis resté parce que ça me plaisait et que je m'étais bien débrouillé. Donc faut pas désespérer, si c'est vraiment quelque chose qui vous tient à cœur, c'est tout à fait faisable.

Ensuite je leur dirais que "travailler dans le jeu vidéo", ça veut pas dire grand chose tellement il y a des corps de métier différents (c'est comme à l'armée, sauf que le test de QI est important :p).
Il faut savoir avec précision ce qui motive, pourquoi ce domaine et pas un autre, etc...

Enfin je leur dirais, qu'à l'heure actuelle, avec Internet et certaines communautés, on peut très facilement participer à l'élaboration de projets communautaires (je pense au microsoft xna sur xbox 360 ou aux dizaines et dizaines de projets basés sur des technologies open source). Je dis ça parce que c'est très important d'être motivé pour vouloir travailler dans ce domaine, mais c'est également super important d'avoir une petite expérience préalable aux entretiens d'embauche.



Creajol : Un cadre de travail idéal, c'est quoi ?

C'est le parfait équilibre entre moments de déconne entre collègues, moments de pur travail où il faut pas déranger sinon je mords, et détente le midi. C'est super important l'ambiance de travail, en tout cas pour moi. Être avec des collègues grincheux c'est ce qu'il y a de plus naze dans un boulot. Niveau cadre de travail, j'avoue que je préférerais développer dans une forêt plutôt que dans des bureaux sans climatisation, mais c'est pas le plus important, loin de là.

Et plus sérieusement, travailler avec des gens ouverts, qui vous écoutent et prennent en compte vos remarques, ça c'est magique. Il m'est déjà arrivé de donner mon avis sur du game design, ou sur du graphisme, choses qui n'ont rien mais alors rien à voir du tout avec mon taff quotidien, mais ça fait vraiment plaisir. Je détesterais travailler avec une équipe butée et bornée.



Creajol : Ton travail et tes compétences évoluent avec le temps ?

Absolument, c'est hallucinant comment les compétences évoluent entre le moment où je suis sorti de l'école et maintenant. C'est super agréable d'apprendre de nouvelles choses tous les jours. et niveau travail, c'est pareil, c'est très important de ne pas faire la même chose tous les jours. Après c'est aussi la caractéristique des petites boîtes où les devs sont obligés de faire un peu de tout (programmation, administration, web, etc...). Pourvu que ça dure, comme dirait Jean Yves...



Creajol : Ton moment préféré dans la production d'un jeu ?

Les phases de conception, où les gens se concertent autour d'une table ou autour d'un verre et parlent du jeu, parlent de ce qu'ils ont envie de voir dans le jeu, leurs attentes, etc... Humainement c'est génial, ça crée des liens et professionnellement c'est aussi (de mon point de vue) la phase la plus intéressante, le "comment on va faire ?". Le reste, pour moi, c'est de la technique pure et dure, c'est moins intéressant (un peu).



Creajol : Ton jeu préféré, jeu le plus joué ?

Morrowind et Diablo 2, ma mère en devenait folle, et moi je dormais plus :)
Je crois que j'ai absolument exploré toute la map de morrowind et fait à peu près tout ce qu'on pouvait y faire... depuis ça m'a un peu dégouté quand je joue à un jeu du même style, j'y arrive plus, je fais un blocage et je me dis que Morrowind c'était mieux (Oblivion par exemple)...



Creajol : Une idée de jeu qui te fait rêver ?

Un jeu où le héros serait un malade mental accro aux chocapics devant s'échapper d'un asile tenu par des mormons nécrophages et boulimiques. Tous les stages seraient différents, et on y trouverait plein de genres mixés n'importe comment : des phases de baston 2D, du FPS, de la plateforme, de la stratégie, etc... un peu comme avait fait Quantic Dream avec The Nomad Soul, mais en allant plus loin, beaucoup plus loin. Et des dialogues débiles. C'est important. Je suis pas game designer, mais ça j'aimerais bien y jouer !

Ou Outcast 2...


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